Sur neuf personnes dépistées la semaine dernière à Toamasina lors d’une campagne ciblée, huit ont été diagnostiquées drépanocytaires et la neuvième identifiée comme porteuse saine. Un résultat qui confirme les craintes des soignants et des associations face à une maladie dont l’ampleur reste largement sous-estimée à Madagascar.
Une prévalence en forte progression
Les données nationales dessinent une tendance préoccupante. Les formes majeures de la maladie, qui représentaient 4,1 % des cas recensés entre 2007 et 2017, sont passées à 5,9 % en 2018, puis à 8,32 % en 2019, avant de s’établir à 6,89 % au premier semestre 2020. Dans le même temps, la part des porteurs du trait drépanocytaire a plus que doublé, dépassant 20 % en 2019. Plus récemment, certains dépistages ciblés menés entre 2023 et 2024 ont révélé jusqu’à 18 % de personnes atteintes au sein de groupes de cent individus dans certaines régions.
À Antananarivo, la LCDM suit déjà plus de 649 patients homozygotes — la forme la plus sévère de la maladie. Un chiffre qui ne reflète qu’une fraction de la réalité, beaucoup de malades n’étant ni diagnostiqués ni suivis médicalement.
Des décès encore largement sous-estimés

Le mois dernier, trois décès ont été enregistrés dans une seule antenne de la LCDM. Plus récemment, une jeune fille de la région Analamanga est décédée alors que son père tentait de la transférer vers le Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona (HJRA), le centre qui la suivait n’ayant plus les moyens de traiter ses complications.
Le bilan réel serait pourtant bien plus lourd. Faute de statistiques de mortalité fiables, l’association indique n’apprendre certains décès que des mois, voire des années plus tard. Pascale Tuseo Jeannot, présidente fondatrice de la LCDM, relie cette aggravation au manque de financements qui frappe ses activités depuis 2019 : privés de suivi régulier, les malades chroniques ne parviennent plus à se soigner correctement.
Un plan qui existe, mais qui n’est pas appliqué
Reconnue par l’OMS et inscrite parmi les priorités sanitaires nationales depuis 2008, la drépanocytose demeure pourtant l’une des maladies les plus négligées du pays. Les dernières campagnes de dépistage de masse remontent à 2020 ; depuis, aucun programme d’envergure n’a pu être relancé, faute de financements et en raison d’une application incomplète du plan stratégique national.
Pour la LCDM, les solutions sont pourtant prêtes : un plan stratégique viable et budgétisé, aligné sur les recommandations de l’OMS et des Nations unies, existe depuis des années. L’association souligne que le plan continental adopté en mai 2026 par les États africains réunis au Ghana rejoint largement ces orientations. Tout serait donc réuni pour agir, mais la présidente déplore que « le silence continue de prévaloir face à une maladie chronique qui tue ».
La LCDM relance son programme
L’association a annoncé la relance de son programme national : renforcement de la sensibilisation, réactivation des antennes régionales et de son réseau de médecins référents. Pour les associations de patients, la décentralisation des soins reste indispensable afin d’atteindre les malades éloignés des grands centres hospitaliers. À la veille de la Journée mondiale de lutte contre la drépanocytose, le 19 juin, l’appel à une mobilisation des pouvoirs publics se fait plus pressant que jamais.
Pour comprendre — Drépanocytose et paludisme : un lien réel, souvent mal compris
La drépanocytose n’est pas causée par le paludisme. C’est une maladie génétique héréditaire : on naît avec, après avoir reçu le gène de ses deux parents. Le paludisme ne la provoque pas et ne s’y « transforme » pas.
Un lien existe néanmoins, mais d’une autre nature. Les personnes qui ne portent qu’une seule copie du gène — le trait drépanocytaire — résistent mieux aux formes graves du paludisme. Au fil des générations, dans les régions où le paludisme est fréquent, comme Madagascar, ce gène s’est donc plus largement transmis : c’est ce qui explique sa forte présence dans le pays.
À l’inverse, les personnes atteintes de la forme complète de la maladie sont particulièrement vulnérables au paludisme, qui peut déclencher des crises graves. D’où l’importance de ne pas confondre les deux maladies — et de maintenir la prévention du paludisme chez les patients drépanocytaires.
D’après un article de Madagascar-Tribune (Mandimbisoa R., 12 juin 2026). Lire l’article original sur madagascar-tribune.com »


